Suis-je Charlie?

Tout le monde ou presque semble afficher le slogan “Je suis Charlie”. Je me suis interrogé à répétition pour savoir si je pouvais affirmer être Charlie. Ma conclusion n’est pas sans réticences, elle est complexe, comme les enjeux de cette affirmation.

Il me semble que de nos jours, sous le règne des médias sociaux, nous sommes poussés à dire ce qui  semble stratégiquement indiqué plutôt que d’affirmer ce qui est vrai et authentique. “Je suis Charlie” est une affirmation d’identification avec – qui et quoi exactement: la publication? son équipe? les dessinateurs tués? leur approche et leur philosophie? leurs dessins controversés? la liberté d’expression? la liberté d’opinion? l’occident avec son double-language? tout le paquet?

Si être Charlie signifie être solidaire des hommes et femmes tués parce qu’ils s’exprimaient librement, je suis d’accord, je suis Charlie. Si être Charlie est une identification avec les êtres humains tués atrocement et injustement, d’accord, je suis en solidarité, bien que je sois confortablement assis sur mon canapé – je n’ai pas changé le monde. Je ne suis pas forcément d’accord avec la pertinence de tous les dessins, mais je suis d’accord de défendre la liberté d’expression et le principe que l’humour est une vertu qui prime sur les dogmes religieux. La religion sans humour, ça tue.

Par contre, j’aimerais en même temps ajouter “je suis musulman”, parce que je ne peux m’identifier avec Charlie sans me solidariser avec les musulmans qui ne suivent pas la logique terroriste, qui ne se servent pas de kalachnikov pour défendre quoi que se soit.

Le problème n’est pas dans l’islam, ni dans les idées conflictuelles sur la liberté, l’humour, la religion, la démocratie, etc. Le problème réside dans la pratique aveugle et impitoyable de la violence meurtrière. Malheureusement, les gouvernements et les sociétés occidentaux, réunis dans la marche à Paris, n’ont pas donné l’exemple de la nonviolence tant nécessaire aujourd’hui. Au contraire, ils se sont accaparés les richesses de ce monde, ils ont opprimés les peuples qui aujourd’hui sont dans la pauvreté et ils n’ont pas fait grand chose pour éviter la radicalisation de la détresse sans issu. Au contraire, la guerre contre le terrorisme n’a fait qu’augmenter le mal qu’elle prétendait combattre. C’est la logique de la guerre et c’est pourquoi il est dangereux d’évoquer la guerre pour décrire la situation actuelle. On ne peut pas contrer la violence avec la guerre sans faire exploser le tissus social et culturel.

Je peux affirmer être Charlie – sans être dessinateur, si je peux em même temps affirmer être musulman – sans adhérer à la religion de l’Islam.  Mais je suis avant tout humain. L’attaque meurtrière du mercredi passé, 7 janvier 2015 à Paris était une attaque contre la liberté d’expression, contre l’humour, contre la foi et contre les communautés religieuses qui refusent le fanatisme et la violence. Et plutôt que de crier “vive la France” je préfère chanter “a bas les armes!” et “vive l’humanité!”

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